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Quosque la seconde édition de ce Manuel soit épuisée depuis près de trois ans, j'ai différé jusqu'à présent d'en donner une troisième, par égard pour les acquéreurs des deux premières ; cependant comme les fréquentes demandes qui me sont faites de cet ouvrage, et le prix élevé auquel il est porté dans les ventes , me prouvent assez qu'il n'est pas convenable de le laisser manquer plus long-temps, je me détermine à le présenter de nouveau au public, après y avoir fait de nombreuses corrections et des additions considérables, qui, je l'espère , en augmenteront l'utilité.

Les communications heureusement rétablies entre toutes les nations de l'Europe, depuis la publication de la précédente édition, m'ont facilité le moyen d'ajouter à celle-ci de nouvelles indications sur les plus remarquables productions modernes de la littérature étrangère. L'Angleterre surtout m'a fourni beaucoup d'articles curieux, et m'en eût donné un bien plus grand nombre encore si j'avais voulu admettre comme livres précieux tous ceux qui, quoique d'un intérêt secondaire, sont portés à de hauts prix dans ce pays où il y a tant de riches amateurs. D'un autre côté, comme il m'a paru important de donner à la classe des livres français un peu plus d'étendue que je ne l'avais fait précédemment , j'ai d'abord revu avec soin ce qui a rapport aux premiers siècles de notre littérature; et pour cette portion de mon travail, je me suis aidé des nombreuses remarques que le savant abbé Mercier de Saint-Léger a consignées dans son exemplaire des Bibliothèques françoises de la Croix du Maine et Duverdier, en 6 vol. in-4. , qui appartient aujourd'hui à la Bibliothèque du Roi. Cette circonstance est sans doute ce qui donnera le plus d'intérêt à mes nouvelles notes sur nos anciens auteurs. Passant

Tome I.

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ensuite à notre littérature moderne, j'ai retouché, ou même souvent refait entièrement les articles des principaux classiques français, sans oublier les éditions nouvelles qui se sont si fort multipliées depuis quelques années.

Une autre partie de mon ouvrage a éprouvé aussi de grands changemens : c'est celle des prix , objet si variable , et si difficile à fixer avec quelque certitude, surtout pour les livres anciens ; mais comme pour ces derniers , je ne devais rien mettre que de positif, j'ai fait à leur égard la seule chose qui fût pratiquable, j'ai cité les nouveaux prix que m'ont fournis plusieurs ventes, plus ou moins importantes, faites récemment à Paris et à Londres.

Les divers changemens et les auginentations dont je viens de parler ont dû s'étendre, comme on le voit, à bien des articles, aussi occupent-ils près de 500 pages. J'avais eu d'abord

. le projet d'en former un volume séparé pour compléter la seconde édition de mon ouvrage; mais j'ai bientôt reconnu que s'il était facile de réunir en un seul corps des articles nouveaux, ajoutés aux anciens , il devenait impossible de faire la même chose pour des corrections et des augmentations de peu d'étendue, très-fréquentes dans les 4 volumes de l'ouvrage, et qui, imprimées séparément, ne seraient plus intelligibles. Ce motif m'a fait renoncer à mon dessein , et j'ose espérer qu'on voudra bien ne pas insister sur l'exécution d'une promesse que j'ai faite, lorsque, ne pensant pas que je dusse de long-temps réimprimer mon Manuel , dont j'avais fait tirer un nombre d'exemplaires assez considérable, je me proposais seulement d'y ajouter plus tard des articles supplémentaires et quelques corrections indispensables.

La reconnaissance me fait un devoir de remercier ici le public en général, et messieurs les journalistes en particulier , de la bienveillance avec laquelle a été accueilli un travail,

, utile sans doute, mais dont il m'est impossible de ne point reconnaître les imperfections. En appréciant l'indulgence des éloges qui m'ont été donnés si généreusement, j'ai reconnu aussi la justesse de plusieurs des critiques qui me sont parvenues, et l'on verra que j'ai su les mettre à profit. Quant à d'autres critiques qui ne m'ont pas paru admissibles, je ne les ai relevées que lorsqu'elles se trouvaient dans des ouvrages qui

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AVERTISSEMENT.

ji jouissent d'une réputation justement méritée, et auxquels il ne m'était guère permis de ne pas répondre.

Plus d'un homme de goût a pu me blâmer d'avoir admis dans mon Manuel quelques livres qui ne sont ni utiles ni même fort curieux. Ce reproche, je l'avoue franchement, ne serait pas tout-à-fait dénué de fondement si l'on n'avait pas à considérer

à qu'en donnant le Manuel du Libraire et de l’Amateur, j'ai dû m'attacher particulièrement aux livres qui ont une valeur supérieure dans le commerce. Il n'est que trop vrai que les meilleurs ouvrages ne sont pas toujours les plus chers , car on sait que le caprice des bibliomanes donne souvent un grand prix à des volumes qui n'ont d'autre mérite que leur rareté: toutefois il n'en est pas moins certain que ces livres, sans intérêt pour beaucoup de gens, ont une valeur pécuniaire bien reconnue par d'autres, et que sous ce rapport il m'était impossible de ne leur point donner une place dans mon Dictionnaire. Mais en accordant trop peut-être à la bibliomanie, je n'ai pas perdu de vue les nombreux bibliophiles qui ne sont pas bibliomanes. Ceux-ci trouveront dans les trois volumes de mon Dictionnaire et surtout dans la table méthodique qui y fait suite, des indications suffisantes pour composer une bibliothèque fort étendue et entièrement consacrée aux lectures instructives et agréables. Cependant quoique les deux parties de mon ouvrage offrent une nomenclature très-considérable, elles sont bien loin de renfermer l'inventaire général des richesses littéraires de toutes les nations et de tous les siècles: je cite environ 30,000 ouvrages ou éditions differentes, et il en existe peut-être plus d'un million; ainsi ce pas

même la trentième partie des livres imprimés qui est indiquée ici. C'est bien peu sans doute pour l'homme qui aurait le desir de tout connaître ; mais c'est certainement beaucoup

: trop pour le plus grand nombre des lecteurs.

Ce que je viens de dire me conduit naturellement à parler d'une bibliographie universelle dont on a donné dernièrement le plan dans un journal littéraire très-répandu. C'est, il faut l'avouer, un projet fort séduisant; mais en y réfléchissant bien, il est permis de douter que les personnes qui l'ont conçu aient sérieusement calcule les difficultés de toute espèce , et presque insurmontables, qu'elles rencontreraient indubitablement si jamais

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n'est

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elles cherchaient à le réaliser. Certes, la tâche que j'ai entreprise est beaucoup moins étendue que ne le serait la leur , et cependant, après plus de vingt années d'un travail assidu, je suis forcé de convenir qu'il ne m'a pas toujours été possible de la remplir aussi bien que je l'aurais désiré ; et je me regarderai comme fort heureux si je n'ai pas trop laissé apercevoir qu'elle était au-dessus de mes faibles moyens.

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