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DE PHILOSOPHIE CHRÉTIENNE.

Iluméro 13.-Juillet 1931,

Philosophie.

DE DIEU.

De l'affaiblissement de la croyance en la présence de Dieu. — Des rapports de

Dieu avec les gouvernemens et avec les familles dans les tems anciens et dans les tems modernes.

Premier Article.

Pour un Chrétien, et même pour tout observateur judicieux, il y a quelque chose, au milieu de nous, de plus effrayant et de plus sinistre que ces chutes de trônes, que ces esprits en ébullition, que ces peuples qui veillent debout, se gardant contre je ne sais quel ennemi caché qui les a saisis au coeur et qui lentement, ou par accès, les dévore: cette chose plus effrayante et plus sinistre, c'est de voir Dieu excla pour ainsi dire des choses de ce monde, Dieu repoussé du sanctuaire où se font nos lois, chassé en quelque sorte des palais de ceux qui paraissent être les maîtres de ce monde, et des salles où se rend la justice, espèces de temples où l'on décide, parmi les hommes, du bien et du mal, du juste et de l'injuste: voilà ce que nous trouvons effrayant et sinistre.

A Dieu ne plaise pourtant que nous voulions voir nos chambres,

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nos rois, nos ministres, nos tribunaux décréter, régir, administrer, rendre exécutoire notre Religion; tribunaux, rois, ministres, chambres, ne savent pas la Religion de Dieu ; ils ne la connaissent pas eux-mêmes, comment en parleraient-ils aux autres ? Mais il est un danger, naissant de ce système, qu'il nous importe de signaler à nos amis; il est une conséquence qui pourrait ressortir de cette conduite, contre laquelle nous voulons et nous devons haulement protester, et devant Dieu et devant les hommes.

On sait, par une récente et aflligeante expérience, combien les peuples respectent peu les hautes infortunes; aussi il ne faudrait pas qu'ils allassent considérer Dieu comme un de ces Rois tombés de leurs trônes dont on a souillé et dispersé les symboles et les emblèmes ; il ne faudrait pas qu'ils le missent au rang d'un de ces illustres malheureux que l'on peut insulter sans péril, oublier sans conséquence, et pour lequel on passe pour généreux en le conservant l'objet de quelques regrets cachés, ou de quelque espérance vague et chancelante. Certes, il faut que l'on sache, et c'est un devoir de le dire hautement, que si Dieu doit être séparé de ces hommes éphémères qui se montrent çà et là élevés un peu au-dessus des autres dans notre société, il doit être admis plus intimement au milieu de cette société, et surtout au sein de la famille.

Ceci est un point essentiel, el un devoir rigoureux; pasteurs, pères de famille, professeurs, instituteurs de tout genre, dont la voix est écoutée par les hommes, il faut que votre bouche, comme celle de Job, soit en ce moment pleine de paroles, pour annoncer que le Dieu qui a fait le ciel et la terre, continue de régner, qu'à lui seul sont dus foi et hommage, que de lui seal viendront paix et salut.

Nous croyons donc devoir appeler l'attention de nos lecteurs sur un si grand sujet ; aussi nous allons offrir à leurs réflexions, une esquisse sommaire des rapports qui existaient entre Dieu, les gouvernemens et les familles, dans les tems anciens, et de ceux qui existent encore dans nos tems modernes. Et pour ne pas borner nos efforts à une stérile contemplation du mal, nous essayerons de rechercher quelques-unes des causes de ce désordre, et de proposer quelques-uns des moyens qui pourraient y remédier.

Dans les premiers âges du monde, dans ces âges de tradition et de foi, ce qui frappe d'abord l'esprit de celui qui en parcourt l'histoire, c'est cette majestueuse image de Dieu, continuellement présente aux yeux de tous les hommes : tout y porle l'empreinte de la Divinité. Le mal était ce que la volonté de Dieu avait défendu; la vertu, ce qu'elle avait ordonné ; la religion n'était autre chose que quelques marques d'amour et d'obéissance que Dieu avait nommément exigées de ses créatures en leur donnant cette terre en jouissance. Il semblait que les peuples voyaient continuellement les yeux de Dieu ouverts sur eux, Le chef qu'ils suivaient, et le prêtre qui les sanctifiait, n'étaient dans leur esprit que des hommes qui représentaient Dieu au milieu d'eux. Il y avait bien des chefs, des juges et des docteurs ; mais c'était L'ieu seul qu'ils considéraient comme le véritable chef, le souverain juge, le grand docteur. Telles sont les croyances répandues daus tout l'uDivers.

Et d'abord dans les Patriarches, nous voyons des hommes, non pas seulement qui croient en Dieu, mais qui le voient, qui le sentent, et l'admettent en participation des actions les plus communes de leur vie. S'ils chargent de quelque important message quelqu'un de leurs serviteurs, c'est au nom de Dieu qu'ils le conjurént et qu'ils le lui confient'; s'ils désirent éclaircir quelque mystère, ou lever quelque doute, c'est Dieu qu'ils prient de les seconder?; si leurs veux sont accomplis, ils tombent au milieu des champs, ou en présence des peu. ples, la face contre terre, et, prosternés, ils adorent Dieu'; si après une longue absence des amis se revoient, c'est Dieu qu'ils remercient de la rencontre de l'amitié : d'abord on offre un sacrifice à Dieu, puis les amis prennent ensemble un repas, que l'on appelle, dans la sainteté de ces meurs antiques, manger du pain devant Dieu". Dans les entretiens même les plus familiers, Dieu venait se mêler à leurs paroles les plus simples et les plus ordinaires. Le riche Booz visíte ses serviteurs, qui travaillent dans un champ'; sa première parole est : Que Dieu soit avec vous ! et les moissonneurs, qui comprennent ce lan

· Genèse, ch. XIIV, V. 3. s Id. v. 12.

Id. v. 27. * Exod. ch. sviII, v. 12.

gage, lui répondent : Que Dieu rous bénisse vous-même', Cependant une jeune femme attire ses regards : depuis le matin jusqu'au déclin du jour, sa 'main laborieuse avait ramassé l'épi échappé de la faux du moissonneur ; il s'avance vers elle : que va dire ce riche du siècle à cette belle inconnue ? ... «Que le Seigneur te rende, selon la » bonté de ta conduitc : et puisses-tu recevoir une récompense en» tière de l'Éternel, ton Dieu, sous les ailes de qui tu as cherché un » asile ?..

Dieu était le conseiller presque immédiat de toutes les actions : aussi lorsqu'il s'agit du plus grand des actes et des devoirs de la famille, celui de chercher une épouse à un fils, ou de trouver un époux à sa fille, c'est encorc Dieu qui dirige toutes les démarches.

Le plus vieux serviteur de la maison est envoyé dans un pays lointain, mais auparavant on lui a fait jurer devant Dieu de remplir fidèment sa mission. Il arrive, mais ce n'est ni sur le nom ou la richesse de son maître qu'il compte, ni par de beaux présens qu'il veut gagner le cæur de la jeune fille, « Éternel, Dieu de mon maître, dit-il, fa» vorise-moi de ta rencontre aujourd'hui, je t'en conjure, et sais mi» séricorde avec mon maitre, ton serviteur...» Puis se confiant 'en sa prière, il pose lui-même les signes par lesquels il désire que Dieu lui manifeste ses volontés... Et ces signes ayant eu lieu, l'homme tombe la face contre terre, et adore Dieu... ^. Mais la jeune fille avait couru tout annoncer à sa mère. Alors le vieux serviteur est introduit, et il expose tout ce qui s'était passé. A ce récit, les parens répondent...: C'est une parole sortie de Dieu... Nous ne pouvons dire un mot contre son bon plaisir 5.

Dieu était aussi le Dieu des voyageurs, et l'on n'entreprend point de voyage sans implorer son assistance, et le mettre pour ainsi dire de compagnie

· Rinth, ch. 11, v. 4.

11. v. 12. * Genrise, ch. triv, v. 1?. Alidem, v. 21. 5 Idem, v. 50. 6 Yoir Tobir:

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