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QUAM jucunda mihi fuit illa semihora, quâ tecum de poëtis Persicis, meis tuisque deliciis, sum collocutus: initium enim amicitiæ et dulcissimæ inter nos consuetudinis arbitrabar fuisse. Quam spem utriusque nostri importuna negotia fefellerunt. Ruri enim diutiùs quàm vellem commorari, variæ me cogunt occupationes. Tu Germaniam, ut audivi, quàm citissimè proficisci meditaris. Doleo itaque amicitiam nostram in ipso flore quasi decidere. Illud tamen tanquam lenimen doloris mei restat, nempè ut, si præsens te præsentem alloqui non possim, liceat certè quidem per literas colloqui, et cùm sermonis communicatione, tùm conjunctione studiorum, perfrui. At cùm de amicitiâ nostrâ loquar, ne, quæso, videar hoc tam gravi nomine abuti. . Permagno enim vinculo conjungi solent ii qui iisdem utuntur studiis, qui literas humaniores colunt, . qui in iisdem curis et cogitationibus evigilant. Studia eadem sequimur, eadem colimus et consectamur. Hoc tamen inter nos interest. Nempè tu in literis Asiaticis es quàm doctissimus; ego verò ut in iis doctus sim, nitor, contendo, elaboro. In harum

literarum amore non patiar ut me vincas, ita enim incredibilitèr 3 G illis illis delector, nihil ut suprà possit: equidem poësi Græcorum jam indè à puero ita delectabar, ut nihil mihi Pindari carminibus elatius, nihil Anacreonte dulcius, nihil Sapphûs, Archilochi, Alcæi, ac Simonidis aureis illis relliquiis politius aut nitidius esse videretur. At cum poësin Arabicam et Persicam degustarem, illicò

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Je suis très sensible à votre souvenir et aux compliments réitérés, dans vos lettres à Madame de Vaucluse; je puis dire que j'en suis un peu fier, me glorifiant, de ce qu'une entrevue d'un quart d'heure m'a pu procurer l'honneur de votre amitié. Je tàcherois bien de la cultiver, si mon plan me permettoit de faire un plus long séjour dans ce pays-ci, ou du moins, si je pouvois vous rencontrer à Oxford, où je pense de me rendre avant que je quitte l'Angleterre. J'apprens avec plaisir, que vous avez été chargé de donner au public, un Essai sur la Prosodie des Orienteaux ; comme je suis persuadé que vous vous acquitterez dignement de cette com1hission, et qu'un bon succès couronnera votre entrepise, je suis charmé d'avance, de l'humiliation que vous ferez essuyer à tous nos Poëtes Européens, qui ne pourront pas s'empècher d'avoir honte de la pauvreté de leurs langues prosaiques, lorsqu'ils s'apperceveront, que les langues Orientales, independamment de la rime, que est de leur invention, ont de véritables quantités de syllabes aussi bien que les Grecs, avec une variété de pieds plus abondantes encore, et par conséquent un vrai art métrique et prosodique. Je prends la liberté de vous envoyer le cahier d'une de mes dernières traductions de Hafyz, dont je m'amuse quelquefois quand j'ai du

loisir. Vous qui connoissez le génie de la langue Persanne, trou

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verez sans doute mon entreprise téméraire, aussi ne cherche-je point à faire sentir la beauté de l'original dans ma version, mais uniquement les pensées simples et sans ornement, j'y joins aussi une paraphrase en vers, mais très libre. En quoi je me suis le plus éloigné du texte, c'est en substituant quelquefois au mignon une maîtresse, soit pour donner une liaison aux vers, qui par la nature même du Ghazel, n'en ont point ; soit pour me conformer en cela au gout de nos pays ; d'autant plus que dans le premier vers, le Persan lui même parle de sa maîtresse. Vous trouverez aussi à coté du texte Persan, des expressions analogues des poëtes Grecs et Latins, suivant que je m'en souviens lorsque je lis Hafyz. J'espère d'avoir l'honneur de vous voir ici avant mon départ, vous assurant que je compte parmi les plus grands avantages que j'ai eu en Angleterre, l'honneur de votre connoissance.

Je suis votre très humble Serviteur,
REVICZKI.

No. III.

REVICZKI à MoNs. JONES. MoNSIEU R, Londres, le 24ème de Fevrier, 1768. Le jour même que j'ai expédié la mienne, j'ai reçu votre savante et obligeante lettre, que j'ai lû avec un plaisir infini, quoique j'aurois souhaité qu'elle fût un peu moins flateuse sur mon compte, et moins modeste sur le vôtre. Toutefois je ne prends pas vos expressions · à la lettre, et malgré tout ce que vous puissiez dire, je vois clairement par votre goût et jugement sur les passages cités dans votre lettre, que vous avez fait un grand chemin dans la littérature Orientale. Je vous prie cependant, quelque grace pour le Grec et le Latin ; car quoique je ne puisse pas nier qu'il y a quelque genre de poésie, où les Orienteaux et particulièrement les Persans ont atteint un degré

de perfection et de supériorité, je ne me ferois point de scrupule, de de renoncer plutôt à la connoissance de ces trois langues qu'à la seule langue Grecque. Je suis bien aisé que votre ouvrage soit déjà si avancé, et que je puisse espérer de la voir bientôt rendu public. Je serois fort embarassé de vous donner quelque ' avis au sujet de votre livre, à cause que je suis actuellement depourvu de tout livre qui traite directement de cette matière, et que d'ailleurs, c'est une mer à boire, que l'abondance et la variété du metre Oriental, et qu'il est impossible d'en savoir par cœur toutes les parties. Je serois curieux de savoir, sous quel chapitre vous avez rangé Le Kaside, genre de poésie très en vogue parmi les Arabes, et cultivé avec grand succès, que répond plus qu'aucun autre à l'élogie Latine, mais qui par sa construction tient au Ghazel, avec cette différence, que le Ghazel, suivant les règles, ne devroit jamais passer 13 distiques ou beits ; et que le Kaside n'est borné à aucun nombre ; 2do. que les beits du Ghazel doivent par leur nature comprendre en eux-mêmes, et terminer tout le sens, pendant que ceux du Kaside ont du rapport entre eux, en continuant le même sujet. Un exemple admirable de ce dernier est celui sur la mort de Mahomet, célèbre dans tout l'Orient, et connu par cœur à tous les gens de lettres, dans une allégorie continuélle, mais admirable et très pathétique, dont le commencement est tel, si je m'en souviens :

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Pour ce qui regarde vos doutes sur la prétendue allégorie de Hafyz, il y auroit beaucoup à dire, car il semble que le respect et la vénération que les Mahométans portent à la mémoire de ce grand génie est, la véritable cause de leur mystérieuse interprétation, voulant par là justifier la conduite du poëte en nous le donnant

pour un homme irréprochable aussi bien dans ses mœurs que dans

dans ses vers. La plus grande partie de ses commentateurs, comme Shemy, Surury, et les autres, s'évertuent d'expliquer dans un sens mystique les vers qui roulent sur le vin, les garçons, les plaisirs, et le mépris de la religion, comme indigne d'un bon Musulman ; mais le plus habile de ces interprêtes, le savant Sudi, n'a pas voulu suivre cette méthode, disant, que quelque raison que puissent avoir les autres commentateurs, sans combattre leur bonnes intentions, il se contentera d'expliquer le texte littéralement. Il ne sera pas peutêtre mal-à-propos, de marquer ici une anecdote, que j'ai lû quelque part touchant Hafyz; ce grand homme étant mort, quelquesuns des Ulemas, ont fait difficulté de lui accorder la sépulture, à cause du libertinage de ses poësies, mais en fin après bien de contestations, il en sont venu au Tefal, c'est-à-dire à la pratique, d'ouvrir son Divan au hazard, moyenant une aiguïlle ; le premier vers qui s'offrit à leur vûe fut le suivant :

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Ce passage ayant été pris pour une décision du ciel, les Ulemas furent bientôt d'accord, et on le fit enterrer dans l'endroit même du Musella, devenu célèbre par ses vers. Si je ne me trompe pas, cette circonstance se trouve dans Katib celebi. Quant à moi, tout autant que je suis porté à croire que Hafyz en parlant de vin et de l'amour n'entend point finesse en cela, de même je dois avouer que je ne trouve point des obscénités en lui, ni des expressions sales et grossières, comme cela arrive assez souvent à Sadi. Je ne puis m'empêcher non plus de le regarder comme un esprit fort, et je pourrois citer cent exemples, pour montrer qu'il se moque du prophète et de l'Alcoran comme quand il dit :

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