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Voici une des ruses parlementaires le plus souvent mise en usage : Lorsque plusieurs membres, les plus ardents de la chambre des communes, voulaient faire passer un bill, et qu'ils craignaient de le voir rejeté à la, pluralité des voix, ils dressaient une requête au parlement, précisément telle qu'ils pouvaient la de sirer; puis, toute dressée, ils l'envoyaient dans les différents comtés à leurs amis, pour la faire signer comme provenant d'eux-mêmes, par le plus de personnes qu'ils le pourraient. Cette requête , qui revenait ensuite munie de noms d'une multitude de signataires provinciaux et des différents comtés à-la-fois, passait pour être le veu général de toute la nation.

Une autre ruse parlementaire était, à la moindre escarmouche , lors des plus petits avantages , et même sans en avoir obtenu, de faire dire un Te Deum en actions de graces. Les chaires en même temps et les papiers publics retentissaient de l'éloge des généraux et des troupes parlementaires. On y exagérait les avantages prétendus de son parti, le nombre des morts et des prisonniers de l'armée royale. C'était encore de faire des feux de joie, quelquefois même après avoir été battus , pour en imposer à la multitudé, et cacher par-là des défaites humiliantes et décourageantes.

Outre, les prédicateurs, enthousiastes révolutionnaires, ils avaient à leurs gagés un nombre de prophètes anti - royalistes. Parmi ces Nostradamus révolutionnaires, était un certain Guillaume Lilly, qui se

1.

mêlait de prédire dans ses almanachs les victoires parlementaires.

On reprochait au parlement de violer, sous les prétextes les plus abusifs, les capitulations les plus fora melles, faites en son nom, par les généraux de sés armées.

On reprochait au gouvernement parlementaire, depuis qu'il s'était emparé de l'autorité et des do. maines, et en un mot, de toutes les richesses de la nation, que le peuple était accablé d'un plus grand nombre d'impôts que sous la férule royale, détestée et abhorrée cependant de la nation entière.

Clarendon, dans son Histoire des guerres ' civiles de l'Angleterre, observe que vers ce temps on voyait devenir juges - de - paix des citoyens qui', peu d'années auparavant, n'étaient que de simples recors. Aussi, ajoute ce judicieux historien, ces nouveaux magistrats exécutaient, dans toutes les provinces, les ordres du parlement avec la dernière rigueur et la plus grande tyrannie, comme on devait s'y attendre de

gens

d'une si basse extraction.

On reprochait aux juges du roi Charles I, de sa cour et de leurs partisans, on reprochait à cette nou. velle magistrature d'avoir montré dans leurs juge. ments, d'avoir affecté, à la face de toute la terre, la partialité la plus grande et la plus révoltante, souvent d'avoir jugé et condamné des prévenus, des innocents, non sur des faits, sur des actions, mais tantôt d'après

les accusations de leurs ennemis connus, tantôt de les avoir déclarés coupables sur de simples paroles ou sur des soupçons; et le plus souvent d'avoir jugé cri. minelles et dignes de mort les intentions secrètes des

accusés. ....

rision rump,

S II. De la fin du parlement, dit Croupion, et

feux de joie à son enterrement. Le parlement , cassé en 1653, par Cromwell, ayant été rétabli en 1659, par Lambert et le reste de l'armée, on en exclut les membres presbytériens que les indépendants avaient chassés sur la fin de 1648, parce qu'ils ne voulaient pas concourir avec eux à traduire le roi en justice. Ce parlement, qu'on appela par dé

c'est-à-dire croupion, oubliant bientôt après qu'il ne devait son rétablissement qu'à l'armée, voulut s'en rendre maître, ce qui causa beaucoup de mésintelligence entre ces deux corps, et une rupture presque ouverte. Les presbytériens cherchaient à profiter de cette rupture, et le parlement indépendant se voyait sans ressource. Il tâcha de mettre dans ses intérêts Monk , qui depuis long-temps commandait une armée en Écosse. Monk, qui était presbytérien et par cela même disposé pour le roi, crut devoir user de dissimulation. Il revint en Angleterre sous prétexte d'appuyer le rump contre le comité établi

par

les offi. ciers militaires. (Voyez l'article suivant coinité de sûreté.) A son approche, le rump étant plus fort, les troupes

un

se déclarèrent pour lui , et arrêtèrent elles-mêmes leurs généraux. Le rump jugeant dès - lors la présence de Monk inutile, et se défiant de lui, lui envoie ordre de ne pas avancer davantage; sa marche pour cela n'en est pas retardée. Le parlement, qui sentait sa faiblesse , dissimule à son tour, fait en apparence beaucoup d'accueil à Monk, mais en même-temps lui tend un piégé. La cité avait refusé de payer les taxes; le parlement ordonne au général de l'en punir, ce qu'il exécuta ponctuellement. Les presbytériens, dèslors, regardèrent Monk comme un traître et homme tout dévoué au rump, qui les jouait de la manière la plus cruelle. Ses amis lui firent sentir son tort;

il chercha sur-le-champ à le réparer, il se réconcilia avec le conseil commun de la cité, et en consé. quence il rétablit par la force les membres exclus. L'accommodement de Monk et des magistrats de Londres, et le rétablissement des membres exclus, cau. sèrent tant de joie, que, la nuit du samedi 11 février 1660, on sonna toutes les cloches de la cité, et qu'on alluma des feux de joie, dans lesquels la populace jetait des croupions , en dérision du parlement qui allait finir. C'est à ce vacarme ordinaire en ces sortes d'oecasions, et aux différents ridicules, singularités, etc., ci-dessus exposés, que fait allusion l'auteur d'Hudibras. II. Du comité de sûreté après la mort de Cromwell.

Après quc Richard eut cassé le parlement, l'armée rétablit celui qui avait fait mourir le roi , et que Cromwell avait cassé en 1653. Ce parlement déposa Richard; mais les officiers s'apercevant que ce corps voulait se rendre maître de l'armée, ils le cassèrent , et établirent en sa place le comité de sûreté, qui n'était composé que d'enthousiastes fanatiques, d'anabaptistes,

de

gens de la cinquième monarchie, etc. ( Voy. dans le dictionnaire (1), cinquièine monarchie). Le chevalier Vane était, entre autres, de ce comité. Le fanatisme lui avait troublé la raison à un tel point, qu'il croyait avoir été député pour régner sur les saints, et que son règne devait durer mille ans..... Au reste, ce comité était composé de vingt-trois membres de différents partis, et si adroitement assortis, que la balance restait entre les mains de la faction pour l'armée. Un auteur du temps a écrit « qu'on pourrait trouver plus « aisément de l'humanité en enfer que de la droiture « et de l'équité dans un comité. Le roi (ajoutait-on) a « détruit une chambre étoilée, et le parlement en a élevé « cent sur ses ruines ».

III. Ridicules de l'armée parlementaire du temps

de Charles I, au.cquels $. Butler fait allusion,

La plupart des héros de l'armée parlementaire étaient de la plus basse extraction. C'étaient des bouchers, un

(1) C'est le dictionnaire manaserit cité dans le premier alinéa de cer article.

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