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DISCOURS DU CARDINAL WOLSEY A CROMWELL.

CROMWELL, je croyais que je ne répandrais pas une seule larme dans l'excès de mes infortunes ; mais tu m'as forcé, par l'honnêteté et la tendresse de ton attachement, à sentir la faiblesse d'une femme. Essuyons nos yeux : et écoute ces mots, Cromwell, ce seront les derniers : lorsque je serai oublié comme je vais l’être, et qu'endormi sous un marbre froid et insensible, il ne sera plus mention de moi dans ce monde, dis, que je t'ai donné une utile leçon; dis que Wolsey, qui marcha jadis dans les sentiers brillans de la gloire, qui sonda toutes les profondeurs, tous les écueils des dignités, t'a ouvert, dans son naufrage, un chemin pour t'élever, une route sære et infaillible, quoiqu'il s'en soit égaré lui-même. Remarque seulement ma chûte, et ce qui a causé ma ruine. Cromwell, je te le recommande, repousse loin de toi l'ambition. C'est par ce péché que les Anges sont tombés; comment donc l'homme, quoique l'image de son Créateur, peut-il espérer de prospérer par elle? Ne songe à ton bien qu'après celui des autres. Chéris les cæurs qui te sont attachés. Le vice et la corruption ne gagnent pas plus de cæurs que la vertu et l'honnêteté. Porte toujours la paix dans ta main droite ur faire taire l'envie. Sois juste, et ne crains rien. Que toujours la fin, à laquelle tu viseras, soit l'avantage de ton pays, la gloire de Dieu et de la vérité. Et alors, si tu tombes, O Cromwell, tu périras heureux martyr. Sers le roi; et je t'en prie, viens avec moi dans mon palais : prends y un état de tout ce que je possède, jusqu'à la dernière obole; il appartient au roi: ma robe sacrée, et ma foi devant le ciel, sont tout ce que j'ose dire être à moi. O Cromwell, Cromwell, si j'avais servimon Dieu seulement avec la moitié du zèle avec lequel j'ai servi mon roi, il ne m'aurait pas, dans ma vieillesse, exposé nud à la fureur de mes ennemis. Shakspeare, traduit

par

M. le Tourneur.

CARDINAL WOLSEY'S SPEECH TO CROMWELL.

CROMWELL, I did not think to shed a tear In all my miseries, but thou hast forc’d me, Out of thine honest truth, to play the woman.Let's dry our eyes; and thus far hear me, Cromwell, And when I am forgotten, as I shall be, And sleep in dull cold marble, where no mention Of me must more be heard, say then I taught thee; Say, Wolsey, that once rode the waves of glory, And sounded all the depths and shoals of honour, Found thee a way, out of his wreck, to rise in ; A sure and safe one, though thy master miss'd it. Mark but my fall, and that which ruin'd me: Cromwell, I charge thee, fling away ambition; By that sin fell the Angels; how can man then (Tho' th’ image of his Maker) hope to win by't ? Love thyself last; cherish those hearts that wait

thee; Corruption wins not more than honesty. Still in thy right hand carry gentle peace, To silence envious tongues. Be just, and fear not. Let all the ends thou aim'st at, be thy country's, Thy God's, and truth's; then, if thou fallst, o

Cromwell, Thou fall’st a blessed martyr. Serve the king, And prithee lead me in,There, take an inventory of all I have, To the last penny, 'tis the king's. My robe, And my integrity to Heav'n, is all I dare now call my own. O Cromwell, Cromwell, Had I but sery'd my God with half the zeal I sery'd my king, he would not in mine

age Have left me naked to mine enemies.

Shakspeare.

DESCRIPTION DU ROCHER ESCARPE DE DOUVRES

AVANCEZ, Seigneur, Voici la cime; ne bougez pas. O quelle terreur ! Comme la tête tourne, en plongeant la vue au fond de cet abîme! Lé milan et la corneille qui volent dans les airs vers le milieu de la montagne, paraissent à peine de la grosseur de la cigale. Sur le penchant, à mi-côte je vois un homme suspendu à des rochers, cueillant du fenouil marin. Le dangereux métier ! Cet homme ne me paraît pas plus gros que sa tête. Ces pêcheurs qui marchent sur la grève, resemblent à des belettes qui trottent. Ce grand vaisseau là-bas à l'ancre, paraît petit comme sa chaloupe, et sa chaloupe comme la bouée, qu'on finit d'apercevoir. Le bruit des vagues froissées contre es stériles et innombrables cailloux du rivage ne peut parvenir à cette hauteur. Je ne veux plus regarder; ma raison se perdrait, et mes yeux une fois éblouis, je tomberais la tête la première. La Tourneur.

AVIS D'UN PÈRE À SON FILS, QUI VA VOYAGER.

Ne donne point de langue à tes pensées, ni d'exécution à aucune idée qui soit mal calculée. Sois civil et poli, mais jamais bassement familier. Les amis que tu as adoptés, après l'épreuve, attache les à ton âme avec des liens d'acier: mais ne prodigue pas ta main et tes caresses banales à toute connaissance peu sûre et de fraîche date. Evite avec soin d'entrer dans une querelle : mais, une fois engagé, comporte toi de manière que ton adversaire t'évite à son tour. Prête ton oreille à tous les hommes; mais garde ta voix pour un petit nombre: accueille toutes les critiques, mais sois réservé dans tes jugemens. Que ton habit soit aussi beau que ta bourse peut le payer, mais jamais affecté, ni singulier; riche et non fastueux: car la parure souvent annonce l'homme. Ne sois

DESCRIPTION OF DOVER CLIFF.

COME on, Sir, here's the place—stand still. How

fearful And dizzy 'tis to cast one's eyes so low! The crows and choughs, that wing the midway air Shew scarce so gross as beetles. Half way down Hangs one that gathers samphire; dreadful trade Methinks, he seems no bigger than his head. The fishermen that walk

upon

the beach, Appear like mice; and yon tall anchoring bark, Diminish'd to her cock; her cock, a bucy Almost too small for sight. The murmuring surge That on the unnumber'd pebbles chafes, Cannot be heard so high. I'll look no more, Lest my brain turn, and the deficient sight Topple down headlong.

Shakspeare.

A FATHER'S ADVICE TO HIS SON, GOING TO TRAVEL.

....Give thy thoughts no tongue, Nor any unproportioned thought his act; Be thou familiar, but by no means vulgar; The friends thou hast, and their adoption try'd, Grapple them to thy soul with hooks of steel : But do not dull thy palm with entertainment Of each new-hatch'd, unfledg’d, comrade. Beware Of entrance to a quarrel ; but being in, Bear 't, that th' opposed may beware of thee. Give every man thine ear, but few thy voice ; Take each man's censure, but reserve thy judgment. Costly thy habit as thy purse can buy, But not express'd in fancy; richy not gaudy: For the apparel oft proclaims the man.

ni l'emprunteur ni le prêteur de personne: car souvent le prêteur perd le prêt et l'ami; et l'emprunt tue l'esprit d'économie. Mais ceci surtout: Sois fidèle à toi-même, et il s'en suivra, comme la nuit suit le jour, que tu ne pourras jamais être faux envers autrui.

Le Tourneur. SOLILOQUE DU JEUNE DOUGLAS DANS LA FORET.

Traduction Libre. Voici le lieu, au sein de ce verd bocage. Voilà le chêne pompeux, monarque de ces bois. Qu'il est doux, qu'il est solennel ce spectacle nocturne ! La lune argentée poursuit sa course dans un ciel sans nuages, et où je pourrais compter jusqu'à la plus petite étoile; le souffle léger du vent d'occident agite à peine les feuilles des arbres : Le ruisseau qui murmure sur son lit de rocaille semble commander le silence. C'est dans de semblables lieux, et à pareille heure, que, si nous devons en croire nos ancêtres, les esprits qui habitent les airs, daignaient descendre sur la terre pour converser avec les humains et leur apprendre des secrets inconnus aux mortels.

O jour mémorable, combien tu as changé mon sort! Abandonné par la fortune ennemie sur le revers d'un mont que jamais le soleil n'a réchauffé de ses rayons, je croyais y vieillir; maintenant, ainsi que le jeune arbrisseau, transplanté dans un vallon riant et fertile, je brille comme lui de tout l'éclat du printemps. O vous, étoiles resplendissantes, qui parsemez la voûte éclatante des cieux; Vous, à qui j'adressai tant de fois mes plaintes, écoutez, préservez le vou le plus cher, le plus inaltérable de mon coeur! Après ma mort, comme dans cette vie, que mon nom soit fameux!... O! puisse le Ciel inspirer à quelque fier et gigantesque Danois le noble, courage de défier au combat les preux de potře armée! Avant que ce défi n'échappe de ses lèvres, je jeterai mon gage, et je vaincrai en Douglas, ou mourrai digne de lui. Cherpillaud.

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