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Par ce sceptre aujourd'hui l'ornement de mes mains,
Je jure, et mes sermens ne deviendront pas vains,
Qu'un jour les Grecs, saisis d'un regret inutile,
Accablés par Hector, appelleront Achille ;
Sous tes yeux désolés tụ les verras périr.
En vain ton faible bras voudra les secourir;
Déchiré de remords tu pleureras l'outrage,
Qu'au plus vaillant des Grecs fit ton orgueil sauvage.

Rochefort, traduction de l'Iliade.

DISCOURS DE NESTOR.

Dieux justes, de quels maux sommes-nous as

saillis! Quel triomphe pour Troie, et Priam, et ses fils ! S'ils savaient quel excès de haine et de vengeance De nos deux plus grands rois détruit l'intelligence. Ecoutez un vieillard, jeunes et fiers rivaux; J'ai dans mes premiers ans fréquenté des héros, Que n'égaleraient pas tous les rois de la Grèce; J'avais de ces héros l'estime et la tendresse; Hélas ! ils ne sont plus, et notre oil abusé Cherche en vain leurs pareils en ce monde épuisé, Pirithoüs, Dryas, Polyphême, Thésée, Qui dédaignant l'honneur d'une victoire aisée, Et vaincus, et vainqueurs en cent combats divers Des Centaures hideux ont purge l'univers. Ce fut sous ces héros que malgré mon jeune age Des fatigues de Mars je fis l'apprentissage. Je fus le compagnon de leurs nobles exploits, Et dans les conseils même ils écoutaient ma voix. Puis-je espérer de vous, au nom de ma vieillesse, Les égards que jadis j'obtins dans ma jeunesse ? Monarque généreux, laissez à ce héros Cette jeune beauté, le prix de ses travaux

By this I swear, when bleeding Greece again
shall call Achilles, she shall call in vain.
When flush'd with slaughter, Hector comes to spread
The purpled shore with mountains of the dead,
Then shalt thou mourn th' affront thy madness gave,
Forc'd to deplore, when impotent to save;
Then rage, in bitterness of soul, to know
This act has made the bravest Greek thy foe.

Pope's translation of the Iliad.

NESTOR'S SPEECH. What shame, what woe, is this to Greece! what joy To Troy's proud monarch, and the friends of Troy! That adverse gods commit to stern debate The best, the bravest of the Grecian state. Young as ye are, this youthful heat restrain, Nor think your Nestor's years and wisdom vain. A godlike race of heroes once I knew, Such as no more these aged eyes shall view! Lives there a chief to match Pirithous' fame, Dryas the bold, or Ceneas' deathless name; Theseus, endu'd with more than mortal might, Or Polyphemus, like the gods in fight? With these of old, to toils of battle bred, In early youth my hardy days I led; Fir'd with the thirst which virtuous envy breeds, And smit with love of honourable deeds. Strongest of men, they pierc'd the mountain boar, Rang'd the wild desert, red with monsters' gore; And, from their hills, the shaggy Centaurs tore : Yet these with soft persuasive arts I sway'd: When Nestor spoke, they listen'd and obey'd. If, in my youth, ev’n these esteem'd me wise, Do you, young warriors, hear my age advise : Atrides, seize not on the beauteous slave; That prize the Greeks by common suffrage gave:

Et vous, d'Agamemnon respectez la puissance,
Achille si l'orgueil d'une illustre naissance
Echauffa la valeur de votre cœur jaloux,
Le roi qui nous commande est plus puissant que

vous :

Atride, c'est à vous de régne sur votre âme:
Mais si de sa colère on peut calmer la flamme,
Achille me verra prosterné devant lui
Réclamer pour les Grecs son généreux appui.

Rochefort, traduction de l'Iliade.

DISCOURS DE PHENIX. VAILLANT fils de Thétis, si votre âme implacable Abandonne les Grecs à leur sort déplorable, Si vous persévérez en ce fatal courroux, O mon fils, en ces lieux, puis-je vivre sans vous ? C'est à moi que Pélée a commis votre enfance, Lorsque d’Agamemnon embrassant la défense, Il vous fit sous ce roi commencer vos travaux. La

guerre et le conseil pour vous étaient nouveaux, Il chargea mes vieux ans de conduire votre âge, Dans le double sentier du guerrier et du sage: Et sans moi de ces bords je vous verrais partir! Non, mon fils, non, mon cour n'y saurait consentir; Non, quand un Dieu puissant me ferait la promesse, D'effacer de mon front les traits de la vieillesse, De me rendre la force et la fleur de mes ans, Tel que j'étais jadis, quand, loin de mes parens, Seul et désespéré, d'Amyntor, de mon père, Je sus tromper et fuir la jalouse colère.... Des foyers paternels mon esprit égaré. Désira pour jamais de se voir séparé, Mes amis, à ma fuite, opposant leurs prières De ma triste demeure assiégeaient les barrières.

Nor thou, Achilles, treat our Prince with pride;
Let kings be just, and sov'reign pow'r preside.
Thee, the first honours of the war adorn,
Like gods in strength, and of a goddess born
Him, awful majesty exalts above
The pow'rs of earth, and scepter'd sons of Jove.
Let both unite, with well-consenting mind,
So shall authority with strength be join'd.
Leave me, O king! to calm Achilles' rage;
Rule thou thyself, as more advanc'd in age.
Forbid it, gods! Achilles should be lost,
The pride of Greece, and bulwark of our host.

Pope's translation of the Iliad.

SPEECH OF PHENIX.

DIVINE Achilles ! wilt thou then retire,
And leave our hosts in blood, our fleets on fire;
If wrath so dreadful fill thy ruthless mind,
How shall thy friend, thy Phænix, stay behind?
The royal Peleus, when from Pthia's coast
He sent thee early to th’ Achaian host,
Thy youth as then in sage debates unskill'd,
And new to perils of the direful field:
He bade me teach thee all the ways of war,
To shine in councils, and in camps to dare.
Never, ah, never let me leave thy side!
No time shall part us, and no fate divide ---
Not tho' the god, that breath'd my life, restore
The bloom I boasted, and the part I bore,
When Greece of old beheld my youthful flames.
Delightful Greece, the land of lovely dames !

My travels thence thro' spacious Greece extend;
In Pthia's court at last my labours end,
Your sire receiv'd me, as his son caress'd,
With gifts enrich’d, and with possessions bless'd.

Autour de mon palais, cent gardes vigilans
Surveillaient nuit et jour mes pas impatiens.
J'échappai de leurs yeux, je traversai la Grèce,
J'allai de votre père implorer la tendresse.
Il prévint tous mes veux, me combla de présens,
Ainsi qu'un père tendre, au déclin de ses ans,
Se plait à prodiguer ses dons et ses caresses
A l'unique héritier de ses grandes richesses.
Chargé de ses bienfaits, c'est à vous seul, mon fils,
Que ma reconnaissance en a payé le prix.
Mes soins vous ont rendu tel qu'aujourd'hui vous

êtes.
Sages précautions, tendresses inquiètes,
Je n'ai rien épargné, j'ai tout souffert pour vous;
Caprices de l'enfance, humeurs, chagrins, dégouts.
Vous m'aimiez, cet amour me rendait tout facile.
J'ai trouvé, me disais-je, un fils dans mon Achille,
C'est un fils généreux que s'est choisi mon coeur ;
Contre mes ennemis il sera mon vengeur.
Si cet espoir, mon fils, n'a point trompé mon âme,
Domptez votre colère, étouffez en la flamme.
Votre coeur n'est point fait pour ces transports

cruels. Les dieux, même les dieux, ces jaloux immortels, Seuls maîtres des humains, seuls puissans et ter

ribles, Dans leur juste courroux ne sont pas

inflexibles. Par le sang des agneaux, par de sincères væux, Le prévaricateur trouve grâce auprès d'eux. Au sein de Jupiter les prières sont nées, Le front ridé, l'ail triste, humbles et consternées; Prêtes à trébucher sur leurs pieds chancelans, Elles suivent de loin, l'injustice, à pas lents, L'injustice qui court levant sa tête altière, Et d'un pied vigoureux frappe l'homme et la terre; Mais ces filles du ciel viennent par leurs bienfaits, Remédier aux maux que l'inhumaine a faits.

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